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Bureau du développement et des relations avec les diplômés

Témoignages de donateurs

Otis_MarieHelene

Michel Phaneuf
Allocution lue le 26 septembre 2016 lors du dévoilement du Fonds Ginette Prémont et Michel Phaneuf pour la recherche en Parkinson
Faculté de médecine

« L'un de mes auteurs préférés est l'académicien français Jean d'Ormesson. Il a 91 ans et est toujours aussi enthousiaste devant la vie. J’admire sa culture immense, son acuité intellectuelle, sa sagesse. Quand je serai vieux, je veux être comme lui...

Dans l'un de ses plus récents ouvrages, d’Ormesson évoque nos multiples inquiétudes devant l’avenir. Au détour d’un paragraphe, je lis : « La santé est un état qui ne présage rien de bon ». Il a bien raison, je sais aujourd'hui que la santé est un cadeau précieux, mais fragile dont on peut être dépouillé bien brutalement. Et rares sont ceux qui, un jour ou l'autre, n'auront pas à faire face à l'ennemi. Tôt ou tard dans la vie, à tout âge en fait, nous risquons de subir les assauts de l’un de ces agresseurs sournois et impitoyables qui attaquent le corps de l'intérieur et le transforment en terrain miné. Ces destructeurs ont des noms célèbres : Cancer, Leucémie, Infarctus, Alzheimer. Et puis, il y en a d'autres dont les seules initiales suffisent pour semer la terreur; AVC, SP... Et puis le plus impitoyable de tous : SLA, qui a fini par prendre le nom d'une victime célèbre : Lou Gehrig.

Je connais intimement deux de ces déprédateurs. Le cancer d'abord, qui a emporté celle dont j'ai partagé la vie pendant plus de 30 ans. À ses derniers jours, nous avons parlé de l'héritage à laisser. Elle m'a dit : « Ce que nous avons bâti doit servir, doit être utile ». Puis, en 2008, à l'âge de 54 ans, j'ai rencontré un autre ennemi, celui que j’aurai à affronter pour le reste de mes jours : Parkinson. Je peux vous en parler, car je le fréquente tous les jours. Celui-là aime pratiquer la torture sous diverses formes. Son sport favori est de ralentir mes mouvements et de figer mes muscles. Lorsque je suis en proie à la fatigue et au stress, il s'amuse à faire trembler mon bras gauche. Son plaisir est aussi d'éteindre ma voix et de me faire bredouiller parfois. Ou encore de rendre mon équilibre précaire, comme si j'avais abusé de la dégustation…

Parlons-en du vin… Là, mon ennemi Parkinson a frappé fort, car, voyez-vous, l'un de ses trucs préférés consiste à amputer sa victime de son goût et de son odorat. Pendant toute ma vie adulte, j'ai goûté aux meilleurs vins du monde. C'était merveilleux. Aujourd'hui, chaque fois que je bois un grand vin, il ne me reste que la mémoire pour retrouver ces parfums enivrants et ces saveurs extraordinaires qui ont nourri mon quotidien pendant tant d'années et qui sont devenus désormais insaisissables.

Pendant plus de 50 ans, j'ai eu une santé de fer ; j'étais en pleine possession de mes moyens. J'avais la conviction d'être invincible. C'était formidable… Maintenant, je dois composer avec une maladie angoissante parce qu’elle est dégénérative. Que vais-je devenir ?... Ça fait peur de ne pas savoir ce qui nous attend. C'est dur de ne plus pouvoir être celui qu'on est vraiment. C'est rude quand le cœur y est et que le corps dit non parce qu'un usurpateur en a pris le contrôle.

Un soir l’an dernier, je suis descendu dans ma cave et j'y ai revu toutes ces belles bouteilles accumulées au fil des ans : Yquem, Margaux, Chambertin, Ausone, Pétrus… Tous ces trésors magnifiques devenus autant de plaisirs interdits à cause de la maladie. À ce moment précis, je me suis dit que si Parkinson me privait désormais des joies du vin, eh bien que le vin allait me servir à lutter contre lui. J'ai alors pris une décision : vendre ma cave et consacrer l'argent amassé à la création d'un fonds de recherche en Parkinson.

J'ai bon espoir que ce projet donnera des résultats, car il est dirigé par deux scientifiques de calibre international, au sommet de leur profession. Et puis franchement, comment pourrait-on échouer alors que cette idée de fonds de recherche, ce projet si prometteur, trouve sa source dans quelques-uns des meilleurs vins du monde? Et ce n’est qu’un début, car au cours des années à venir, j’ai pris l’engagement de continuer à soutenir les travaux des docteurs Roy et Panisset.

Dans l'un de ses chefs-d'œuvre, Fiodor Dostoïevski fait dire à L'Idiot : « La beauté sauvera le monde ». J'ajouterais : « Et la santé nous permettra d'en profiter ». Beauté et santé… La première, où qu'elle soit, nous inspire et nous invite au dépassement. La deuxième nous permet d'aller de l'avant, avec vigueur, force et enthousiasme, dans la joie rassurante de savoir qu'il y aura toujours devant nous des jours meilleurs. »

- Michel Phaneuf